L’intervenant social en Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA)

By 8 octobre 2015Non classé

Au-delà de la relation d’aide

Des hommes, femmes, familles fuient leur pays d’origine car elles se sentent menacées. Les départs sont parfois organisés, mais aussi précipités et tous arrivent en France dans l’espoir d’une vie meilleure.
Derrière la tragédie d’une demande d’asile se cache la difficulté de raconter son parcours. Se souvenir, témoigner, enquêter, autant d’enjeux à relever pour proposer un récit crédible et espérer voir sa requête aboutir.

En effet, la procédure d’asile est basée sur l’histoire de ces exilées, qu’il faut rédiger en français dans un délai imposé par la législation. Dans la plus part des situations c’est à l’intervenant social que revient la lourde responsabilité de raconter, rédiger le récit de vie des demandeurs d’asile politique. Celui-ci doit être précis, en termes de faits, dates et de lieux, ces précisions sont apportées au fur et à mesure par le biais d’entretiens. Le recueil des données durant ces entretiens est une première étape à l’élaboration du récit, reste le travail d’écriture, un travail de longue haleine, environ 20 heures par adulte.

Durant l’élaboration du récit de vie, le travailleur social est amené à jouer un rôle particulier, en amenant le demandeur d’asile à revivre des souvenirs déchirants a travers les questions qui lui sont posées.
En effet, le travail sur le récit biographique peut être particulièrement bouleversant, certains ont traversé des événements traumatiques qu’ils aimeraient oublier, viol, torture, séquestration, perte de leur famille, vision d’acte d’horreur tel que les exécutions… L’entrée au CADA offre à ces exilés un toit, pour leur permettre de défaire leurs valises et d’avoir des ressources en recevant l’Allocation Mensuelle de Subsistance, ils peuvent ainsi retrouver un semblant de vie normale: faire des courses, préparer les repas, inscrire les enfants à l’école, etc.
Lorsque le travail sur la procédure d’asile commence, cette allégresse retrouvée est entachée par tous les souvenirs qu’ils doivent partager, développer, décrypter, provoquant a nouveau le désarroi.
Le travailleur social endosse donc un rôle de « bourreau » insufflant de nouveau l’angoisse, la détresse chez des individus en quête de paix intérieur.
Malheureusement cette étape est nécessaire pour que la procédure ait une chance d’aboutir favorablement et que le demandeur d’asile ne soit pas dans l’obligation de retourner dans son pays craignant de nouveau pour sa vie.

La plupart des demandeurs d’asile essuient un refus en première instance, mais peuvent prétendre à un recours contre cette décision auprès de la Cour Nationale du Droit d’Asile, qui les convoquera pour une audience public avant de statuer sur cette requête.
Pour cette démarche il est possible pour les demandeurs d’asile de se financer un avocat, ou dé bénéficier de l’aide juridictionnelle.
Là encore, parfois faute de mieux, c’est à l’intervenant social que revient la charge d’effectuer des recherches géopolitiques et de rédiger des recours juridiques personnalisés. Le travailleur social doit s’adapter et devenir durant cette deuxième partie de procédure un juriste et un enquêteur, sous peine de voir toutes les demandes rejetées.

Chaque histoire de vie rédigée sert à reconstruire la mémoire de l’expérience, le témoignage met également en avant des questions éthiques, politiques et sociales.
De la parole à l’écriture, le témoignage du survivant nous questionne différemment par la douleur et les tourments qu’ils les habitent. Cette douleur tient à la nature même de l’enjeu : montrer l’irréparable et transmettre l‘indicible avec des mots.
Voila l’enjeu pour le demandeur d’asile mais aussi pour le travailleur social qui, du a la barrière de la langue se voit sujet aux mêmes souffrances.

En effet, une logique politico-juridique s’exerce dans le cadre de la préparation d’obtention du statut ; être au fait de la législation en vigueur, se tenir informer de toutes modifications des textes de lois, intérioriser des pratiques d’analyse de recherche et d’écriture des recours juridiques, connaitre la géopolitique des pays d’origines des personnes accompagnées…
Toutes ces thématiques sont primordiales dans l’élaboration d’une demande d’asile et nécessaires pour voir un dossier aboutir favorablement.

N’oublions pas que la demande d’asile doit être personnalisée, pour ce faire le pronom personnel « je » est utilisé dans la rédaction du récit vie, ce qui peut engendrer un sentiment de « dépersonnalisation », de « confusion identitaire » chez le professionnel.
Le travailleur social en CADA doit donc parfois endosser plusieurs rôles : scribe, biographe, juriste, avocat, demandeur d’asile, bourreau …, bien au-delà de la relation d’aide.

Emilie De Vendt
Consultante sociale

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Join the discussion 5 Comments

  • Mickael HARDY dit :

    Bonjour
    Pouvez vous l’éclairer sur la formation à suivre s’il y en a une afin d’accéder à ce type de poste. aussi savez-vous s’il est possible d’exercer ce genre de poste sans formation?
    D’avance merci de votre retour;
    Cordialement,
    Mickaël HARDY

  • Hassan dit :

    Bonjour je suis dé république contrafrique je vais me rendre à Canada pour de bon tout Ma famille à êtes massacre Jé vais retourner pour vivre avec qui je suis pas dû jor à tourne O tour du Pô je suis O bou desoufflé ci vous pouvez me donner une chance de vivre une nouvelle vie merci

  • Matari dit :

    Je viens de découvrir ce site aujourd’hui et je compte m’entretenir avec un assistant social meri.
    M ATARI Benjamim

  • Marion de Lamarlière dit :

    Bonjour,
    Je m’appelle Marion de Lamarlière, j’ai 34 ans et suis éducatrice spécialisée depuis 12 ans. Pendant ma formation j’ai eu la chance d’effectuer mon stage à responsabilité en CHRS et CADA. Ce stage a été le début d’un fil conducteur dans mon identité professionelle. Je travaille depuis 12 ans dans la protection de l’enfance. J’ai travaillé 10 ans sur des groupes ado et donc accompagné des mineurs isolés étrangers. Pendant ces 10 années j’ai pu aider ces jeunes dans leur recit de vie, faire des accompagnements à l’OFPRA… Malheureusement le travaille des éducateurs dans les foyers de l’enfance n’offre plus toute cette ouverture et se restreint à la quotidienneté. J’envisage de travailler en CADA seulement j’ai peur d’etre un peu à la traine dans mes connaissances à ce sujet ( textes de loi, culture géopolitique). Auriez-vous des manuels ou des formations à me proposer qui pourraient m’aider à me remettre à jour. Merci pour l’attention que vous porterez à ma demande. Cordialement. Marion

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