La timidité de l’Europe face aux défis de l’immigration

By 8 octobre 2015Non classé

« Un homme, pour être exilé ou banni, ne perd point sa qualité d’homme,
ni par conséquent le droit d’habiter quelque part sur la terre »
Emmer De Vattel 1758

La question de l’immigration est plus que d’actualité en Europe, en effet ces deux dernières années ont été marqué par l’agonie de milliers de migrants en méditerranée. Quelles réponses et quelles responsabilités portent le continent européen face à cette catastrophe humaine ?

Les conjonctures politiques ne sont pas neutres et elles structurent les flux d’entrée et les modes d’accueil des immigrants, celles-ci peuvent administrer une législation dénaturant parfois l’appréciation de ce public, porteuse d’une identité négative.

L’opération Frontex « frontière extérieur » en est une illustration éloquente. Ce dispositif a été crée en 2004 afin de gérer les flux migratoires et de porter assistance à des situations de crise aux frontières pour les pays membres. Suite au naufrage entraînant la mort de près de 400 migrants clandestins en 2013 au large de l’île italienne de Lampedusa, les Etats membres prévoient alors d’adopter des mesures communes. Ils s’engagent à renforcer les moyens de Frontex et du bureau européen d’appui en matière d’asile, nous assistons alors à la naissance de l’opération Mare Nostrum. Mare Nostrum avait permis de sauver en un an plus de 170.000 vies à la dérive en Méditerranée. Ce dispositif s’est arrêté en novembre 2014 car trop couteux et entièrement porté par l’Italie, l’une des portes d’entrées principales de l’immigration clandestine sur le continent européen. Elle a été relayé par Triton, beaucoup moins ambitieuse visant simplement à patrouiller dans les eaux territoriales italiennes, elle n’aura ni mandat ni équipement pour procéder à des opérations de recherche et sauvetage en haute mer.

Chaque année, des milliers d’hommes, femmes, enfants fuient des conflits armés dans l’espoir d’une terre libératrice. L’Union Européenne consciente de cette réalité à donc fait le choix de désarticuler l’ensemble des financements attribués aux opérations de sauvetage, pour ne conserver que de la surveillance maritime. L’Europe considère donc ces exilés comme des envahisseurs qu’elle tente de repousser et transmet par la même occasion à ses habitants, une peur infondée d’être assiégé. En effet, la communauté européenne compte 500 millions de citoyens pour près d’un million de migrants en 2015, nous sommes donc loin de la colonisation.
L’Europe a dépensé 13 milliards d’euros pour défendre ses frontières, les migrants eux ont dépensé 16 milliard juste pour un espoir ; celui de vivre libre et égaux en droit et en dignité.

Les politiques en charge de la réglementation de l’immigration des pays membres de l’union ont adopté des protocoles austères de prise en charge, renforçant chez les autochtones la représentation « d’outlaw » des migrants. Les centres de rétention et les zones d’attente sont à mon sens un autre exemple d’assignation d’identité négative, de peur de l’étranger.
En France, le centre de rétention administrative est un bâtiment surveillé où l’administration peut retenir pour une durée limitée et sous contrôle juridictionnel, les étrangers faisant l’objet d’une procédure d’éloignement et ne pouvant pas quitter immédiatement le pays.
Près de 50 000 personnes ont été placées en rétention en 2014.

Que ce soit en début ou fin de procédure, un étranger peut être arrêté et maintenu contre son grès dans un lieu s’apparentant au milieu pénitentiaire.

Pourtant, regardons d’un plus près quelques une des différentes fonctions d’une prison :

  • de punir une personne reconnue coupable d’une faute d’une certaine gravité ;
  • de protéger la société des personnes dangereuses ;
  • de décourager les gens de commettre des actes interdits par la loi ;
  • d’obliger le détenu à faire pénitence, en le forçant à poursuivre des études ou une activité destinée à le réinsérer ou le réhabiliter ;

Nous voyons bien que par cette démarche, l’étranger est d’emblée affilié à quelqu’un de dangereux qui a commis un crime dont il doit faire pénitence.
Mais quel crime ont-ils bien pu commettre si ce n’est celui de la liberté ?

Ces lieux froids, sans couleurs, entourés d’une haute et large muraille de fer et quelque peu abandonnés, servent en réalité à parquer durant un bref moment les indésirables de la république.

L’Europe est responsable de vouloir cloisonner les peuples, alors que les marchandises sont libres de circuler. L’être humain n’est pas un problème politique, allé chercher de quoi vivre est une nécessité vitale et fait partie de l’histoire de l’humanité. L’immigration peut être avantageuse pour la communauté européenne, en termes de démographie, d’impôts et de taxes pour les travailleurs étrangers, de savoirs, de partage et de culture. L’étranger peut donc être productif et voir en l’Europe autre chose qu’une aide alimentaire ; la démocratie, la liberté, la culture…

Il est primordial pour le continent européen de corriger sa représentation de l’autre, afin d’y voir autre chose qu’un coupable de droits communs mais une source intarissable de richesse.

Emilie De Vendt
Consultante sociale

 

 

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