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Emilie De Vendt

L’intervenant social en Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA)

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Au-delà de la relation d’aide

Des hommes, femmes, familles fuient leur pays d’origine car elles se sentent menacées. Les départs sont parfois organisés, mais aussi précipités et tous arrivent en France dans l’espoir d’une vie meilleure.
Derrière la tragédie d’une demande d’asile se cache la difficulté de raconter son parcours. Se souvenir, témoigner, enquêter, autant d’enjeux à relever pour proposer un récit crédible et espérer voir sa requête aboutir.

En effet, la procédure d’asile est basée sur l’histoire de ces exilées, qu’il faut rédiger en français dans un délai imposé par la législation. Dans la plus part des situations c’est à l’intervenant social que revient la lourde responsabilité de raconter, rédiger le récit de vie des demandeurs d’asile politique. Celui-ci doit être précis, en termes de faits, dates et de lieux, ces précisions sont apportées au fur et à mesure par le biais d’entretiens. Le recueil des données durant ces entretiens est une première étape à l’élaboration du récit, reste le travail d’écriture, un travail de longue haleine, environ 20 heures par adulte.

Durant l’élaboration du récit de vie, le travailleur social est amené à jouer un rôle particulier, en amenant le demandeur d’asile à revivre des souvenirs déchirants a travers les questions qui lui sont posées.
En effet, le travail sur le récit biographique peut être particulièrement bouleversant, certains ont traversé des événements traumatiques qu’ils aimeraient oublier, viol, torture, séquestration, perte de leur famille, vision d’acte d’horreur tel que les exécutions… L’entrée au CADA offre à ces exilés un toit, pour leur permettre de défaire leurs valises et d’avoir des ressources en recevant l’Allocation Mensuelle de Subsistance, ils peuvent ainsi retrouver un semblant de vie normale: faire des courses, préparer les repas, inscrire les enfants à l’école, etc.
Lorsque le travail sur la procédure d’asile commence, cette allégresse retrouvée est entachée par tous les souvenirs qu’ils doivent partager, développer, décrypter, provoquant a nouveau le désarroi.
Le travailleur social endosse donc un rôle de « bourreau » insufflant de nouveau l’angoisse, la détresse chez des individus en quête de paix intérieur.
Malheureusement cette étape est nécessaire pour que la procédure ait une chance d’aboutir favorablement et que le demandeur d’asile ne soit pas dans l’obligation de retourner dans son pays craignant de nouveau pour sa vie.

La plupart des demandeurs d’asile essuient un refus en première instance, mais peuvent prétendre à un recours contre cette décision auprès de la Cour Nationale du Droit d’Asile, qui les convoquera pour une audience public avant de statuer sur cette requête.
Pour cette démarche il est possible pour les demandeurs d’asile de se financer un avocat, ou dé bénéficier de l’aide juridictionnelle.
Là encore, parfois faute de mieux, c’est à l’intervenant social que revient la charge d’effectuer des recherches géopolitiques et de rédiger des recours juridiques personnalisés. Le travailleur social doit s’adapter et devenir durant cette deuxième partie de procédure un juriste et un enquêteur, sous peine de voir toutes les demandes rejetées.

Chaque histoire de vie rédigée sert à reconstruire la mémoire de l’expérience, le témoignage met également en avant des questions éthiques, politiques et sociales.
De la parole à l’écriture, le témoignage du survivant nous questionne différemment par la douleur et les tourments qu’ils les habitent. Cette douleur tient à la nature même de l’enjeu : montrer l’irréparable et transmettre l‘indicible avec des mots.
Voila l’enjeu pour le demandeur d’asile mais aussi pour le travailleur social qui, du a la barrière de la langue se voit sujet aux mêmes souffrances.

En effet, une logique politico-juridique s’exerce dans le cadre de la préparation d’obtention du statut ; être au fait de la législation en vigueur, se tenir informer de toutes modifications des textes de lois, intérioriser des pratiques d’analyse de recherche et d’écriture des recours juridiques, connaitre la géopolitique des pays d’origines des personnes accompagnées…
Toutes ces thématiques sont primordiales dans l’élaboration d’une demande d’asile et nécessaires pour voir un dossier aboutir favorablement.

N’oublions pas que la demande d’asile doit être personnalisée, pour ce faire le pronom personnel « je » est utilisé dans la rédaction du récit vie, ce qui peut engendrer un sentiment de « dépersonnalisation », de « confusion identitaire » chez le professionnel.
Le travailleur social en CADA doit donc parfois endosser plusieurs rôles : scribe, biographe, juriste, avocat, demandeur d’asile, bourreau …, bien au-delà de la relation d’aide.

Emilie De Vendt
Consultante sociale

La timidité de l’Europe face aux défis de l’immigration

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« Un homme, pour être exilé ou banni, ne perd point sa qualité d’homme,
ni par conséquent le droit d’habiter quelque part sur la terre »
Emmer De Vattel 1758

La question de l’immigration est plus que d’actualité en Europe, en effet ces deux dernières années ont été marqué par l’agonie de milliers de migrants en méditerranée. Quelles réponses et quelles responsabilités portent le continent européen face à cette catastrophe humaine ?

Les conjonctures politiques ne sont pas neutres et elles structurent les flux d’entrée et les modes d’accueil des immigrants, celles-ci peuvent administrer une législation dénaturant parfois l’appréciation de ce public, porteuse d’une identité négative.

L’opération Frontex « frontière extérieur » en est une illustration éloquente. Ce dispositif a été crée en 2004 afin de gérer les flux migratoires et de porter assistance à des situations de crise aux frontières pour les pays membres. Suite au naufrage entraînant la mort de près de 400 migrants clandestins en 2013 au large de l’île italienne de Lampedusa, les Etats membres prévoient alors d’adopter des mesures communes. Ils s’engagent à renforcer les moyens de Frontex et du bureau européen d’appui en matière d’asile, nous assistons alors à la naissance de l’opération Mare Nostrum. Mare Nostrum avait permis de sauver en un an plus de 170.000 vies à la dérive en Méditerranée. Ce dispositif s’est arrêté en novembre 2014 car trop couteux et entièrement porté par l’Italie, l’une des portes d’entrées principales de l’immigration clandestine sur le continent européen. Elle a été relayé par Triton, beaucoup moins ambitieuse visant simplement à patrouiller dans les eaux territoriales italiennes, elle n’aura ni mandat ni équipement pour procéder à des opérations de recherche et sauvetage en haute mer.

Chaque année, des milliers d’hommes, femmes, enfants fuient des conflits armés dans l’espoir d’une terre libératrice. L’Union Européenne consciente de cette réalité à donc fait le choix de désarticuler l’ensemble des financements attribués aux opérations de sauvetage, pour ne conserver que de la surveillance maritime. L’Europe considère donc ces exilés comme des envahisseurs qu’elle tente de repousser et transmet par la même occasion à ses habitants, une peur infondée d’être assiégé. En effet, la communauté européenne compte 500 millions de citoyens pour près d’un million de migrants en 2015, nous sommes donc loin de la colonisation.
L’Europe a dépensé 13 milliards d’euros pour défendre ses frontières, les migrants eux ont dépensé 16 milliard juste pour un espoir ; celui de vivre libre et égaux en droit et en dignité.

Les politiques en charge de la réglementation de l’immigration des pays membres de l’union ont adopté des protocoles austères de prise en charge, renforçant chez les autochtones la représentation « d’outlaw » des migrants. Les centres de rétention et les zones d’attente sont à mon sens un autre exemple d’assignation d’identité négative, de peur de l’étranger.
En France, le centre de rétention administrative est un bâtiment surveillé où l’administration peut retenir pour une durée limitée et sous contrôle juridictionnel, les étrangers faisant l’objet d’une procédure d’éloignement et ne pouvant pas quitter immédiatement le pays.
Près de 50 000 personnes ont été placées en rétention en 2014.

Que ce soit en début ou fin de procédure, un étranger peut être arrêté et maintenu contre son grès dans un lieu s’apparentant au milieu pénitentiaire.

Pourtant, regardons d’un plus près quelques une des différentes fonctions d’une prison :

  • de punir une personne reconnue coupable d’une faute d’une certaine gravité ;
  • de protéger la société des personnes dangereuses ;
  • de décourager les gens de commettre des actes interdits par la loi ;
  • d’obliger le détenu à faire pénitence, en le forçant à poursuivre des études ou une activité destinée à le réinsérer ou le réhabiliter ;

Nous voyons bien que par cette démarche, l’étranger est d’emblée affilié à quelqu’un de dangereux qui a commis un crime dont il doit faire pénitence.
Mais quel crime ont-ils bien pu commettre si ce n’est celui de la liberté ?

Ces lieux froids, sans couleurs, entourés d’une haute et large muraille de fer et quelque peu abandonnés, servent en réalité à parquer durant un bref moment les indésirables de la république.

L’Europe est responsable de vouloir cloisonner les peuples, alors que les marchandises sont libres de circuler. L’être humain n’est pas un problème politique, allé chercher de quoi vivre est une nécessité vitale et fait partie de l’histoire de l’humanité. L’immigration peut être avantageuse pour la communauté européenne, en termes de démographie, d’impôts et de taxes pour les travailleurs étrangers, de savoirs, de partage et de culture. L’étranger peut donc être productif et voir en l’Europe autre chose qu’une aide alimentaire ; la démocratie, la liberté, la culture…

Il est primordial pour le continent européen de corriger sa représentation de l’autre, afin d’y voir autre chose qu’un coupable de droits communs mais une source intarissable de richesse.

Emilie De Vendt
Consultante sociale

 

 

Vivre libres et égaux, l’espoir des migrants

By | Non classé | No Comments

La mort de 800 migrants, survenue suite au naufrage d’un chalutier en Méditerranée ce dimanche 19 avril, a suscité l’émotion de la communauté internationale et l’indignation des humanistes face à ces combattants invisibles en quête de droits d’homme universels.
1776 migrants sont morts en mer depuis le 1er janvier 2015 ; 1776 âmes perdues sur le chemin de liberté suscitant désarroi et incompréhension.
Qu’est ce qui a poussé ces hommes, femmes et enfants sur le chemin de l’exil, sur ces eaux périlleuses et hostiles ?

L’ONU a publié le 27 mars 2015 un rapport sur les déplacés dans le monde : plus de 45 millions de personnes sont comptabilisées comme réfugiés, demandeurs d’asile ou déplacés internes.
Ces déplacés arrivant sur le territoire européen ne cherche pas forcément à demander l’asile ; les raisons d’une migration sont multiples. L’asile relatif à la convention de Genève est aujourd’hui la seule instance existante pour être protégé des persécutions au niveau international.
Le statut de « réfugié économique » n’existant pas, les millions de personnes qui se retrouvent sur les routes pour cause de catastrophes climatiques n’ont pas de reconnaissance, donc aucune protection juridique possible.

Depuis la nuit des temps, des hommes fuient des persécutions et cherchent refuge sur une terre meilleure. Des conflits sévissent un peu partout sur la planète : Russie, Tchétchénie, Arménie, Afghanistan, Tibet, Darfour, Guinée, Erythrée, plus récemment Syrie, Irak, Tunisie… la liste est longue. Dans ces conflits, il arrive souvent que les forces gouvernementales et les groupes armés s’en prennent régulièrement aux civils, n’hésitant pas à commettre crimes de guerre et autres atrocités (viols, tortures, séquestration, etc.).
Selon le Haut Commissariat des Nation Unies pour les Réfugiés (HCNR), ces valeureux voyageurs sont des candidats au statut de réfugié politique ; à savoir toute personne qui répond à la définition de l’art. 1er de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 qui :

« craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut, ou du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut, ou en raison de ladite crainte, ne veut y retourner. »

Nouvel arrivant en danger de mort, le demandeur d’asile politique incarne l’étranger qui demande l’hospitalité à une nouvelle communauté politique. Sa survie dépend donc d’autres Etats qui choisiront de lui rendre ou non un statut juridique et une protection qu’il n’a plus.

Le demandeur d’asile se bat continuellement pour une cause : celle de la liberté. Il a quitté son pays, ses pairs, ses racines ; ce qui demande un courage et une force considérable.
Souvent il a subit la violence, la torture, les persécutions et a su se relever, prendre une décision essentielle, celle de partir pour une vie meilleure.

Le chemin de l’exil vers la terre libératrice est quant à lui un long périple marqué de traumatismes et de dangers ; s’ajoute et se mêle à cela le sentiment de perte et le souvenir des sévices subis.
Le courage, la force et l’astuce sont donc les mots d’ordres du demandeur d’asile. Ce sont des qualités essentielles et vitales à sa survie, comme le bouclier protecteur des héros de la liberté qu’ils représentent.

Car selon la déclaration universelle des droits de l’homme :

Article premier

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Article 2

Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.

Article 3

« Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne… »

22.000 migrants seraient morts en mer depuis 2000, tentant de gagner l’Europe, de sortir de l’obscurité et de conquérir la lumière de nos consciences et de notre moralité.

Alors, n’oublions pas ces hommes, ces familles qui ont tout quitté et tout risqué pour tenter de vivre libres et égaux en dignité et en droits.

Mlle DE VENDT Emilie
Travailleuse sociale

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